La peur de la perte de contrôle peut être un motif de consultation en psychothérapie. Un proche peut vous proposer de s’occuper du trajet de vos prochaines vacances. Sur le papier, vous pourriez vous sentir soulagé et ressentir moins de charge mentale. Mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, vous allez plutôt continuer à vérifier les détails du trajet et même prévoir un plan B « juste au cas où ». Ce comportement traduit souvent une peur de ne pas tout contrôler : que redoutez-vous donc, à l’idée d’un certain lâcher prise ?
Pourquoi le besoin de tout contrôler peut-il rassurer ?
Tout contrôler peut en effet sembler rassurant de prime d’abord. Vous allez vérifier, organiser, modifier ou anticiper le trajet dans ses moindres détails – et ce comportement pourrait vous donner l’impression d’avoir une prise sur le trajet, ses modalités et sur le fait que « tout va bien se passer durant le trajet ».
Cependant, si vérifier un trajet une fois permet de bien préparer son voyage, vérifier son trajet plusieurs fois par jour peut soulager à court terme, puis, le doute peut revenir avec l’envie de vérifier « juste une fois encore » le trajet. Ces vérifications permanentes peuvent majorer l’anxiété à plus long terme.
Pourquoi lâcher prise donne-t-il parfois l’impression d’être en roue libre ?
Nous ne pouvons pas tout contrôler et si nous pouvons par exemple, nous préparer à un entretien d’embauche et apprendre à répondre aux éventuelles questions qui nous serons posées, nous n’avons pas la certitude de connaître tout le déroulé de l’entretien d’embauche ni mêmes les questions posées par le recruteur. En effet, nous pouvons décider uniquement de ce sur quoi nous allons agir. La réaction d’un autre n’est donc pas contrôlable et elle nous échappe, inévitablement. En revanche, nous pouvons garder la possibilité de répondre aux questions posées à un autre, demander du temps supplémentaire ou encore demander à reprendre la discussion ultérieurement.

Qu’est-ce que je cherche à éviter en gardant le contrôle ?
Pour autant, sur le long terme, vouloir tout contrôler peut devenir anxiogène. De ce fait, essayer de garder le contrôle au quotidien peut faire émerger plusieurs difficultés psychiques.
- La peur de se tromper : « Si je fais une erreur, on va penser que je suis nul.le ou que je ne vaux rien ». Ici, le perfectionnisme peut masquer un manque de confiance en soi. Une étude de 2022 explique que notre société se trouve dans un contexte marqué par une compétition accrue, une accentuation de l’individualisme, l’accroissement des inégalités économiques ainsi qu’une pression croissante pour exceller à l’école et dans l’enseignement supérieur. Selon les auteurs (Curran et Hill, 2022), l’augmentation des attentes et des critiques parentales constituerait l’explication la plus plausible de la hausse du perfectionnisme. De plus, dans certains cas, le perfectionnisme pourrait aussi jouer un rôle important dans certains troubles du comportements alimentaires (TCA) (Downey et al., 2014) pour tenter d’atteindre le « corps parfait ».
- Le doute sur sa capacité à faire face : « Si je n’ai pas tout anticipé, je n’y arriverai jamais ». Dans ce cas de figure, il peut être pertinent de se demander si je suis capable de demander de l’aide autour de moi, si je peux m’ajuster à l’autre ou même si je suis en capacité de réparer une erreur.
- Une histoire de vie dans laquelle il était difficile de se tromper : « je dois tout réussir du premier coup » ; « je n’ai pas le droit à l’erreur » ; « si je ne réussis pas, je vais forcément m’effondrer ». Par exemple, une enfance durant laquelle les résultats étaient davantage mentionnés que les efforts, où les efforts suscitaient toujours des critiques ou encore lorsqu’un enfant n’a eu que peu d’occasions d’essayer avec un adulte à ses côtés. En effet, le manque d’encouragements à essayer ou à recommencer peut rendre difficile le fait de se faire confiance face à un imprévu. Néanmoins, faire toujours attention à ce qui est attendu de soi de la part des autres peut être très coûteux en énergie. Certaines personnes développent même un faux-self, c’est-à-dire une moindre spontanéité, moins de créativité voire un sentiment de ne pas toujours être réel. Winnicott aide à penser la place que peut prendre l’adaptation voire la sur-adaptation aux attentes de l’entourage.

Parfois, des schémas appris durant l’enfance peuvent générer des difficultés psychiques à l’adolescence ou à l’âge adulte. En effet, un enfant qui n’aurait pas pu s’appuyer sur une figure parentale disponible lui permettant de découvrir et d’explorer le monde en toute sécurité pourrait éprouver des difficultés à avancer vers l’inconnu. « La figure d’attachement de l’enfant représente la base à partir de laquelle il peut s’autoriser à explorer le monde environnant. Son aptitude à explorer repose sur la qualité de ses liens d’attachement » (Dugravier et Barbey-Mintz, 2015).
Sur qui pouviez-vous compter quand vous tentiez quelque chose de nouveau pour la première fois ?
Comment cette peur peut-elle se travailler en psychothérapie ?
En consultation, je peux vous proposer de revenir avec vous sur une situation récente où il vous a été difficile de lâcher prise. Dans l’exemple du voyage, je pourrais vous demander quelles sont les pensées qui vous habitaient à ce moment-là, si vous avez eu peur de rater une correspondance ou de ne pas savoir quelle était la prochaine étape ou si vous avez eu envie de vous faire des reproches.
Je peux aussi être amenée à vous demander si vous vous faites confiance, si vous vous jugez compétent pour planifier ce type de trajet ou encore s’il vous arrive parfois de demander de l’aide quand vous en ressentez le besoin. Le travail en psychothérapie peut ainsi porter sur différents points en fonction de votre vécu. De ce fait, chaque situation est unique et singulière puisque pour une même situation, une personne peut redouter les conséquences d’une éventuelle erreur et une autre pourrait craindre de se juger douloureusement. Les consultations permettent d’explorer votre mode de fonctionnement.
Si cette impression de devoir sans cesse tout prévoir, anticiper ou contrôler prend beaucoup de place dans votre quotidien, vous pouvez m’en parler dans le cadre d’une psychothérapie. Je vous reçois en consultation à mon cabinet à Paris ou en visioconférence.
Pour aller plus loin
- Curran, T., & Hill, A. P. (2022). Young people’s perceptions of their parents’ expectations and criticism are increasing over time: Implications for perfectionism. Psychological Bulletin, 148(1–2), 107–128. DOI 10.1037/bul0000347. Lire le résumé sur PubMed.
- Downey, C. A., Reinking, K. R., Gibson, J. M., Cloud, J. A., & Chang, E. C. (2014). Perfectionistic cognitions and eating disturbance: distinct mediational models for males and females. Eating Behaviors, 15(3), 419–426. DOI 10.1016/j.eatbeh.2014.04.020. Lire le résumé sur PubMed.
- Dugravier, R. et Barbey-Mintz, A.-S. (2015). Origines et concepts de la théorie de l’attachement. Enfances & Psy, 66(2), 14–22. DOI 10.3917/ep.066.0014. Consulter l’article sur Cairn.
- Winnicott, D. W. (1960). Ego Distortion in Terms of True and False Self. Réédité dans The Collected Works of D. W. Winnicott, vol. 6, p. 159–172, Oxford University Press, 2016. DOI 10.1093/med:psych/9780190271381.003.0023. Consulter la notice chez Oxford University Press.